Le Pasteur Michel Krieger est nommé
pasteur de l’église réformée évangélique d’Oran, une petite
communauté protestante dans une ville polyglotte (français, arabe et
espagnol). A 35 ans et il est accueilli avec sympathie, et même
sollicitude venant de l’Alsace, sa lointaine province.
Son ministère avait débuté en Alsace , sa province
natale. Son cursus universitaire, depuis Molsheim, sa ville natale, se
poursuit à Strasbourg (baccalauréat) en 1848, puis à Montauban (Tarn
et Garonne), dans l’intervalle, baccalauréat en théologie en 1844 et
thèse sur " La résurrection des morts ".
Il est alors nommé pasteur titulaire à Metz en
Moselle, le 18 mars 1850 et occupe ce poste pendant dix années, jusqu’au
6 Juin 1860, date de sa nomination à Oran.
Pourtant, tout démontre que ce jeune pasteur est
solidement attaché, enraciné en Alsace. S’il s’en éloigne un
temps, pour le Langedoc, c’est parce que cette province a été, sans
fléchir, constamment fidèle à la Réforme, et pour Montauban, parce
que c’est une des places de sûreté octroyées aux protestants par l’Edit
de Nantes et survivante à des sièges célèbres.
Il a ainsi 35 ans, sa femme 27, ses trois enfants
âgés 8 ans, 5 ans et 18 mois, bientôt un quatrième qui naîtra à
Oran en 1861. C’est avec cette fragile famille qu’il part pour l’Algérie
qui est alors à trois jours de mer de Marseille à Alger.
A Oran, outre son ministère à l’Eglise, Michel
Krieger devait se rendre, chaque mois, à Sidi Bel Abbés comme situé
à quelques dizaines de kilomètres d’Oran, pour apporter un climat
religieux aux légionnaires du 1er régiment de la Légion
Etrangère créée par Louis Philippe et comprenant de nombreux engagés
de nationalité allemande et de langue allemande. Ceci par des aller
retour en diligence et par des chemins coloniaux cahoteux.
Sa mission, en définitive, était à la fois, celle
de pasteur à titre principal et celle d’Aumônier militaire à titre
secondaire.
A ceux qui s’étonneraient de la lourdeur de cette
tâche supplémentaire, il répondait : " c’est l’Empereur
qui m’a demandé d’évangéliser ses légionnaires ". En
fait lors de son premier voyage en Algérie, Napoléon III, en 1860, s’est
ému de la frustration religieuse des légionnaires allemands et, dès
son retour en France, a demandé qu’il y soit mis fin immédiatement.
Michel Krieger s’est trouvé être le seul pasteur parlant allemand et
susceptible d’y remédier par son ministère.
Ainsi, installé à Oran, dans son nouveau poste en
juin 1860, Michel Krieger va exercer son ministère jusqu’à la
retraite, pour décéder le 11 mars 1898, toujours à Oran, et au bout
de 38 ans, sans avoir revu sa chère Alsace, déjà perdue pour tous,
depuis 1870.